Norme ISO 24495 : ce que la partie 2 change pour les textes juridiques
Depuis août 2025, la deuxième partie de la norme ISO 24495 applique le langage clair aux textes juridiques. Voici ce qu'elle demande vraiment, et ce qu'elle ne demande pas.
Un contrat peut être parfaitement conforme et rester incompréhensible pour celui qui le signe. Pendant longtemps, la clarté d’un document juridique a relevé de l’appréciation de chacun : ce qui semblait limpide au rédacteur restait opaque au lecteur, et personne ne disposait d’un référentiel commun pour trancher.
Ce référentiel existe désormais. La norme ISO 24495-1, publiée en juin 2023, définit ce qu’est une communication claire. Sa deuxième partie, ISO 24495-2, publiée en août 2025, l’applique spécifiquement à la communication juridique : contrats, notices, conditions générales, courriers, formulaires.
Pour les équipes assurance, ce changement est concret. Il donne un cadre opposable en interne, au moment où le juridique, le marketing et la relation client doivent se mettre d’accord sur ce qu’est un document acceptable.
À retenir
- ISO 24495-1 (juin 2023) pose quatre principes : pertinence, trouvabilité, compréhension, utilisabilité.
- ISO 24495-2 (août 2025) applique ces principes aux textes juridiques, sans jamais sacrifier leur portée.
- La norme est volontaire. Elle n’impose rien, elle donne une méthode et un vocabulaire commun.
- Rendre lisible n’est pas simplifier : on réorganise et on reformule, on ne retire aucune condition.
- Un document conforme se vérifie auprès de vrais lecteurs, pas seulement en comité de relecture.
1. Deux normes, deux périmètres
La première partie, ISO 24495-1, s’adresse à tous les documents, quel que soit le secteur. Elle formule quatre attentes, exprimées du point de vue du lecteur et non de celui qui rédige : recevoir l’information dont il a besoin, la trouver facilement, la comprendre, et pouvoir s’en servir pour agir.
La seconde partie, ISO 24495-2, part de ces mêmes principes et les confronte aux contraintes propres aux textes juridiques. Elle prend en compte le fait qu’un même document s’adresse souvent à plusieurs publics à la fois, que sa structure est parfois imposée par la réglementation, qu’il manipule des notions techniques irréductibles, et qu’il décrit des démarches que le lecteur devra réellement accomplir pour exercer ses droits.
C’est cette dernière dimension qui intéresse directement l’assurance. Une notice ne se contente pas d’informer : elle conditionne la capacité d’un adhérent à déclarer un sinistre, à désigner un bénéficiaire ou à contester une décision.
2. Les quatre principes appliqués à un document d’assurance
Donner l’information dont le lecteur a besoin. Un assuré qui ouvre son tableau de garanties cherche rarement à comprendre l’architecture juridique de son contrat. Il veut savoir si une dépense est couverte, dans quelle limite, et ce qui restera à sa charge. Le contenu se construit à partir de cette question, pas à partir du plan du rédacteur.
Permettre de trouver l’information. Dans un document de quarante pages, la trouvabilité fait déjà partie de la compréhension. Titres explicites, hiérarchie visible, sommaire utilisable, ordre des rubriques calé sur les questions du lecteur : ces choix de structure pèsent souvent plus lourd que la reformulation des phrases.
Rendre l’information compréhensible. La norme invite à retenir des termes à la fois familiers et juridiquement exacts, à expliquer les notions qui posent difficulté, et à maintenir une terminologie stable. En assurance, cette stabilité est décisive : une même notion doit garder le même sens du tableau de garanties jusqu’aux conditions générales, faute de quoi le lecteur conclut à une contradiction. C’est le cœur de ce que recouvre le langage juridique clair.
Permettre d’utiliser l’information. Comprendre ne suffit pas. Quel document envoyer, à qui, dans quel délai, avec quelle conséquence en cas d’oubli ? Un document clair permet au destinataire de savoir ce que l’information signifie pour lui et ce qu’il peut en faire.
3. Rendre lisible n’est pas simplifier
C’est le contresens le plus fréquent, et celui qui bloque le plus de projets en interne. Clarifier un contrat ne consiste pas à en retirer des conditions ni à en arrondir les angles.
Le travail porte sur l’ordre de l’information, sa hiérarchie, la cohérence des termes, la manière de présenter droits, obligations, exclusions et démarches, et sur les repères visuels qui permettent de retrouver ce qu’on cherche. Une exclusion reste une exclusion. Un délai reste exactement défini. Une obligation demeure identifiable.
C’est précisément ce que consacre la partie 2 : l’accessibilité et l’exactitude juridique ne s’opposent pas, elles se construisent ensemble. Nous développons ce point dans notre article sur la clarification d’un contrat sans perte de valeur juridique.
4. Comment vérifier qu’un document tient la promesse
La norme donne un cadre, elle ne délivre pas de certificat. La vérification se fait en trois temps.
L’audit de lisibilité analyse structure, hiérarchie, formulations, terminologie, densité et capacité à agir, selon une grille commune qui rend les documents comparables entre eux.
Les tests utilisateurs demandent à de vrais lecteurs de chercher une information, de l’interpréter, puis d’expliquer ce qu’ils feraient. C’est là que les écarts apparaissent, y compris sur des documents que les équipes jugeaient limpides.
La mesure avant et après objective le résultat. Sur la notice d’assurance vie de MAIF VIE, la note globale est passée de 4,85 à 8,25 sur 10 et les consultations ont progressé de 543 % entre 2024 et 2025. Sur le relevé annuel du même assureur, les tests externes menés en 2025 relèvent une note passée de 6,66 à 8,55 sur 10. Chez Harmonie Mutuelle, 95 % des assurés déclarent préférer consulter le tableau de garanties plutôt qu’appeler le service client.
Ces écarts ne viennent pas d’un style plus agréable. Ils viennent d’une information réorganisée autour de ce que le lecteur venait chercher.
5. Par où commencer
Identifier les lecteurs et le moment du parcours auquel le document intervient. Structurer l’information selon leurs questions plutôt que selon la logique interne du rédacteur. Clarifier formulations et terminologie sans toucher à la portée. Vérifier que le lecteur sait quoi faire après lecture. Puis tester, avant de généraliser.
Sur nos dix dernières refontes de contrats et notices menées entre 2021 et 2026, la compréhension réelle mesurée est passée de 23 % à 70 %.
Questions fréquentes
Qu’est-ce que la norme ISO 24495 ?+
C’est la norme internationale du langage clair. Sa partie 1, publiée en juin 2023, définit quatre principes applicables à toute communication. Sa partie 2, publiée en août 2025, les applique à la communication juridique.
Quelle différence entre ISO 24495-1 et ISO 24495-2 ?+
ISO 24495-1 s’applique à la communication en général. ISO 24495-2 reprend ses quatre principes et les adapte aux textes juridiques : pluralité des lecteurs, contraintes de structure imposées, concepts complexes, et démarches à accomplir pour exercer un droit.
La norme ISO 24495-2 est-elle obligatoire ?+
Non. C’est une norme volontaire. Elle ne crée aucune obligation légale et n’ouvre droit à aucune certification de conformité. Sa valeur est méthodologique : elle donne un cadre pour concevoir, arbitrer et évaluer.
Peut-on l’appliquer à un contrat d’assurance ?+
Oui, et c’est l’un de ses terrains les plus utiles. Contrats, notices, conditions générales, formulaires, courriers de gestion et documents de souscription entrent tous dans son périmètre.
Comment savoir si un document est conforme ?+
En le confrontant aux quatre principes, puis en le testant auprès de lecteurs représentatifs. Un document se juge sur ce que le lecteur en fait, pas sur l’impression qu’il donne en réunion.
Appliquer la norme à vos propres documents
Nous accompagnons les équipes assurance sur leurs documents réels : contrats, notices, tableaux de garanties, courriers et documents du parcours client. Notre formation Écrire clairement en assurance permet aux équipes de s’approprier ces principes et de les appliquer directement à leurs écrits.