Langage juridique clair

Jargon juridique : 10 termes à bannir de vos contrats

Carole Walter Auteur
· 19 février 2026 · 9 min de lecture

« Nonobstant les dispositions susmentionnées, ledit contrat demeure caduc en cas de force majeure subséquente… » Si cette phrase vous évoque un cours de latin oublié, vous n’êtes pas seul.

Une étude McKinsey & Company de mai 2018 intitulée ‘Contracting for performance: Unlocking additional value’ révèle que des termes contractuels inadéquats combinés à un manque de gestion efficace des contrats peuvent éroder la valeur jusqu’à 9% des revenus annuels. Pour les entreprises du Fortune 500 de 2016, cela aurait représenté 2 500 milliards de dollars de valeur perdue.

Dans certains pays comme le Royaume-Uni, les États-Unis ou la Suède, le langage complexe est désormais interdit dans les communications destinées aux citoyens. En France, la norme ISO 24495-2 sur le langage juridique clair nous montre la voie.

Comment transformer vos contrats en outils de communication efficaces ? Découvrons ensemble les 10 termes de jargon les plus problématiques et leurs alternatives claires.

Pourquoi bannir le jargon de vos contrats ?

L’impact business du langage complexe

Chez Imagine, nous avons mesuré l’impact concret du jargon juridique sur la performance business de nos clients. Les résultats sont sans appel :

  • 40% d’augmentation des demandes de clarification au service client
  • Allongement des cycles de signature de 25% en moyenne
  • Dégradation de la satisfaction client et de la confiance
  • Multiplication des litiges liés aux incompréhensions

La solution : des alternatives simples et précises

L’objectif n’est pas de « faire du français facile » mais de rédiger dans un langage compréhensible, conformément à la norme ISO 24495-2 sur le langage juridique clair. Il s’agit de traduire l’intention, pas seulement la règle.

Règle fondamentale à retenir : On ne transforme pas un terme juridique technique, on le définit. La distinction est cruciale :

  • Jargon à bannir : Termes complexes sans valeur juridique ajoutée (« nonobstant », « ledit », « subséquemment »)
  • Termes techniques à conserver + définir : Concepts juridiques précis (« prescription », « résiliation », « opposabilité »)

Exemple : « prescription » ne se remplace pas par « oubli » mais s’accompagne d’une définition claire : « prescription (délai au-delà duquel une action en justice n’est plus possible) ».

Cette approche permet de maintenir la rigueur juridique tout en gagnant en compréhension.

Les 10 termes de jargon à bannir immédiatement

1. « Nonobstant » → « Malgré »

Pourquoi c’est problématique : Ce terme latin rebute 90% des lecteurs non-juristes.

Alternative claire : « Malgré »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Nonobstant les dispositions précédentes, le client reste tenu… »
  • Après : « Malgré les règles précédentes, le client doit… »

2. « Ledit/Ladite/Susdit » → « Ce/Cette »

Pourquoi c’est problématique : Archaïsmes qui alourdissent la lecture et créent une distance.

Alternative claire : « Ce » ou « Cette » + répétition du nom si nécessaire

Exemple de transformation :

  • Avant : « Ledit contrat prendra effet… susdit montant… »
  • Après : « Ce contrat prendra effet… ce montant… »

3. « Subséquemment » → « Ensuite »

Pourquoi c’est problématique : Mot de 4 syllabes pour dire « après ».

Alternative claire : « Ensuite », « Puis », « Après »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Le client devra subséquemment fournir… »
  • Après : « Le client devra ensuite fournir… »

4. « Afférent » → « Lié à »

Pourquoi c’est problématique : Terme technique inutilement compliqué.

Alternative claire : « Lié à », « Relatif à », « Concernant »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Les frais afférents à cette prestation… »
  • Après : « Les frais liés à cette prestation… »

5. « À défaut de » → « Si vous ne »

Pourquoi c’est problématique : Construction passive qui masque l’action attendue.

Alternative claire : « Si vous ne… », « En l’absence de »

Exemple de transformation :

  • Avant : « À défaut de paiement dans les délais… »
  • Après : « Si vous ne payez pas dans les délais… »

6. « Sous réserve de » → « Si »

Pourquoi c’est problématique : Expression lourde pour exprimer une condition simple.

Alternative claire : « Si », « À condition que »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Sous réserve de validation par nos services… »
  • Après : « Si nos services valident… »

7. « Incessamment » → « Immédiatement »

Pourquoi c’est problématique : Mot vieilli qui prête à confusion (beaucoup pensent que ça veut dire « sans arrêt »).

Alternative claire : « Immédiatement », « Sans délai », « Rapidement »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Vous devez nous prévenir incessamment… »
  • Après : « Vous devez nous prévenir immédiatement… »

8. « Diligenter » → « Effectuer »

Pourquoi c’est problématique : Verbe juridique obscur pour le grand public.

Alternative claire : « Effectuer », « Réaliser », « Organiser »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Nous diligenterons une expertise… »
  • Après : « Nous organiserons une expertise… »

9. « Ci-après dénommé » → « Appelé »

Pourquoi c’est problématique : Formule archaïque qui alourdit inutilement les contrats, surtout répétée à chaque mention.

Alternative claire : « Appelé », « Désigné sous le nom de », ou simplement utiliser le nom raccourci

Exemple de transformation :

  • Avant : « La société Imagine Legal Innovation, ci-après dénommée ‘la Société’… »
  • Après : « La société Imagine Legal Innovation (appelée ‘la Société’ dans ce contrat)… »

10. « Concomitamment » → « En même temps »

Pourquoi c’est problématique : Terme de 5 syllabes pour dire « simultanément ».

Alternative claire : « En même temps », « Simultanément », « Parallèlement »

Exemple de transformation :

  • Avant : « Ces deux obligations s’exécutent concomitamment… »
  • Après : « Ces deux obligations s’exécutent en même temps… »

Mise en pratique : la méthode Imagine

Commencer par le cadrage stratégique

Chez Imagine, nous ne commençons jamais par la réécriture. Trop de projets échouent parce qu’ils démarrent… au milieu. Nous intégrons dans chaque projet un cadrage stratégique qui nous permet de :

  • Prioriser les vrais points de friction à résoudre
  • Choisir le bon niveau d’ambition et de clarté
  • Adapter le langage au contexte d’usage, pas uniquement au droit applicable

Cette étape évite de reproduire l’existant et garantit que la chasse au jargon serve une stratégie client claire.

Co-construire avec toutes les parties prenantes

Une transformation linguistique ne peut pas être imposée d’en haut ou pilotée uniquement par un service juridique. Dans le cadre d’une refonte de contrat, nous co-construisons systématiquement avec les équipes juridique, marketing, relation client, conformité et IT.

Notre rôle est d’aider les organisations à ne plus penser leurs problématiques juridiques en silo, mais en parcours utilisateur. Chaque terme de jargon est un point de friction potentiel où la relation client peut se dégrader.

Tester la compréhension réelle

Au-delà de nos convictions d’experts, nous testons systématiquement la compréhension auprès des utilisateurs finaux. Nous identifions les zones d’ambiguïté réelles, pas supposées, et intégrons les retours terrain dans nos choix de simplification.

Cette approche permet de valider que nos alternatives au jargon fonctionnent vraiment dans le contexte d’usage des clients.

Les bénéfices mesurés de la chasse au jargon

Cas client : transformation des CGV Intersnack

Lors de la refonte des CGV d’Intersnack, la chasse au jargon a contribué à :

  • Réduction du temps de lecture : -32 minutes
  • Amélioration de la satisfaction : 4,38/5 vs 1,88/5
  • Réduction du volume : 17 500 à 11 000 mots
  • Accélération des négociations commerciales

Impact sur l’expérience client

Nos mesures montrent que l’élimination du jargon génère :

  • 35% de réduction des demandes de clarification
  • 25% d’accélération des cycles de signature
  • Amélioration notable de la confiance client
  • Réduction des contentieux liés aux incompréhensions

Pour découvrir comment cette approche s’intègre dans une démarche globale, consultez notre guide : Langage juridique clair : définition et application pratique.

Au-delà des mots : instaurer une culture de clarté

Former vos équipes

La chasse au jargon n’est efficace que si elle devient un réflexe organisationnel. Nous formons vos juristes, commerciaux et équipes communication à :

  • Identifier automatiquement le jargon problématique
  • Maîtriser les alternatives adaptées à votre secteur
  • Tester la compréhension auprès des utilisateurs finaux
  • Maintenir la rigueur juridique tout en gagnant en clarté

Créer vos propres référentiels

Chaque organisation a son vocabulaire spécifique. Nous vous accompagnons dans la création de :

  • Glossaires sectoriels adaptés
  • Guides de rédaction interne
  • Listes de termes approuvés/proscrits
  • Processus de validation des nouveaux documents

Mesurer l’impact en continu

L’amélioration du langage contractuel se mesure sur la durée. Nous mettons en place des indicateurs de suivi :

  • Évolution du temps de lecture moyen
  • Taux de questions au service client
  • Satisfaction client sur la compréhension
  • Performance des cycles commerciaux

Pour optimiser l’ensemble de votre communication contractuelle, découvrez notre approche : Les 5 étapes pour intégrer le Legal Design dans votre organisation.

Conclusion : faire de la clarté un avantage concurrentiel

Bannir le jargon juridique de vos contrats n’est pas un exercice de style, c’est un levier de performance business. Dans un contexte où la transparence devient un facteur de différenciation, les entreprises qui communiquent clairement prennent une longueur d’avance.

Les 10 termes présentés dans cet article ne sont qu’un point de départ. L’enjeu réel est de transformer votre approche de la rédaction juridique pour faire de chaque contrat un outil de relation client efficace.

Chez Imagine, nous accompagnons cette transformation en plaçant la compréhension utilisateur au cœur de chaque projet juridique. Parce qu’un contrat clair est un contrat respecté.